Editorial

Extrait de l'homélie de Mgr Bodika

Je voudrais insister sur cinq éléments que je considère comme importants pour votre parcours vers le sacerdoce ministériel.

C’est le visage moderne de la lèpre. De nos jours, il n’est pas exagéré d’admettre que la lèpre qui gangrène dangereusement notre société est l’ignorance. Les années du séminaire sont des Kaïroi, avec toute la formation intellectuelle mise à votre disposition, que le Seigneur vous accorde pour vous débarrasser toute forme d’ignorance relative au mystère chrétien dont l’Apôtre de nations proclame la grandeur (1 Timothée 3, 16 : Il est grand le mystère divin). Il est évident qu’aujourd’hui, de fausses doctrines sont très largement répandues et tendent à gagner certains milieux de l’Église.

C’est la prière. C’est ce dialogue nourri de foi et de confiance totale à Dieu qui a valu aussi bien à Naaman qu’aux dix lépreux la guérison. Les Maîtres de l’École de Kinshasa, à la suite de toutes les grandes figures mystiques de l’Église nous apprennent que la théologie se fait à genou. La prière en tant que tenue devant Dieu est une arme redoutable contre l’ignorance. Lors de sa rencontre avec les Séminaristes français, le Pape François a évoqué l’importance de la prière dans ce sens : « Ensemble, les disciples sont en prière avec Marie, dans l’attente de l’Esprit Saint. Vous avez été appelés par Jésus qui veut vous faire participer à son sacerdoce pour la vie du monde. A la base de votre formation, se trouve la Parole de Dieu, qui vous pénètre, vous nourrit, vous illumine. En priant avec elle, tout ce que vous apprenez prend vie dans la prière. C’est pourquoi je vous exhorte à prendre chaque jour de longs moments de prière, vous rappelant comment Jésus lui-même se retirait dans le silence ou la solitude pour se plonger dans le mystère de son Père. Vous aussi, c’est dans la prière que vous retrouvez la présence aimante du Seigneur et que vous vous laissez transformer par lui, sans avoir peur des sécheresses qu’elle comporte, de la nuit qui la constitue habituellement. Moïse lui aussi entrait dans l’obscurité de la nuée pour parler avec Dieu dans l’humilité, comme un ami parle avec son ami. Que votre prière soit un appel à l’Esprit, c’est lui qui construit l’Eglise, qui conduit les disciples et infuse la charité pastorale. C’est dans la puissance de l’Esprit (qui introduit dans la vérité tout entière) que vous rejoindrez ceux à qui vous serez envoyés, dans la conscience qu’ils attendent de vous que vous soyez des témoins de Jésus, des « hommes de Dieu », pour que vous les conduisiez au Père[1] ».

C’est la valeur de l’obéissance ecclésiale. La guérison de Naaman et de dix lépreux semble dépendre de leur obéissance à l’ordre du Prophète Elysée qui demandait à Naaman de se jeter sept dans la mer et à celui de Jésus qui leur recommandait d’aller de se montrer au prêtre. Dieu nous parle ordinairement à travers les Institutions qu’Il a mises en place (l’Évêque, les formateurs, les parents, etc.) : « Les séminaristes, dit Vatican II, doivent être imprégnés du mystère de l'Église (…) de façon à rendre témoignage de l'unité qui attire les hommes au Christ, d'abord par leur attachement humble, filial et aimant au Vicaire du Christ, et ensuite, une fois revêtus du sacerdoce, par leur adhésion à leur évêque, en se montrant ses fidèles coopérateurs et en l'aidant en commun avec leurs frères dans le sacerdoce [2] ». L’obéissance devient alors la façon dont l’homme participe à la réalisation des grâces que lui accorde le Seigneur. Il s’agit d’une obéissance capable de surmonter les doutes (cfr. Naaman : « Naaman se mit en colère et s’en alla ; il disait : « Je pensais qu’il allait sortir en personne, qu’il invoquerait le nom de Yahvé son Dieu, qu’il frotterait de sa main l’endroit malade et me délivrerait de la lèpre. Les fleuves de Damas, l’Abana et le Parpar, ne sont-ils pas meilleurs que toutes les eaux d’Israël ? Il me suffirait donc de m’y laver pour guérir ! ». Très en colère il fit demi-tour pour s’en aller. Alors ses serviteurs s’approchèrent et lui dirent : « Mon père, si le prophète t’avait demandé quelque chose de difficile, tu l’aurais fait ? Pourquoi ne le fais-tu pas quand il te dit seulement : Lave-toi et tu seras guéri ! »/2 Rois 5, 11-13). Sur ce point, j’invite les parents et amis à agir comme les serviteurs de Naaman, c’est-à-dire des conseillers pour aider les Séminaristes à saisir le sens de certaines recommandations. Il s’agit aussi d’une obéissance totalement confiante (Cfr. le dix lépreux).

C’est la fidélité au sens de l’attachement ferme au Seigneur. Cela, à mon avis suppose deux choses essentielles. D’un côté, c’est la communion profonde avec le Christ, un « être-avec-Dieu » que le pape émérite Benoît XVI a si bien signifié par l’expression être « en cordée avec le Christ[3] ». Il entend par là ce qui suit : « Puisque le chemin jusqu’à la vie véritable, jusqu’à être des hommes conformes au modèle du Fils de Dieu, Jésus Christ, dépasse nos propres forces, ce cheminement fait aussi que nous sommes portés. Nous nous trouvons pour ainsi dire, dans une cordée avec jésus Christ (…). Il nous tire et nous soutient. Que nous nous laissions intégrer dans une telle cordée fait partie de la suite du Christ ; que nous acceptions de ne pas faire cette ascension seuls, également[4] ». De l’autre, la fidélité ainsi comprise exige que nous affrontions les épreuves de la vie présente avec le Christ (Emmanuel : Dieu-avec-nous) : « si nous souffrons avec lui, avec lui nous vivrons ;  si nous supportons avec lui, avec lui nous serons rois » nous dit Saint Paul dans la deuxième lecture. Chers Séminaristes, que rien ne puisse ébranler votre attachement ferme au Christ qui vous appelle à son service. Ce même Apôtre des gentils nous encourage : « Qui nous enlèvera cet amour du Christ : une catastrophe, une épreuve, une persécution, la faim, le manque de tout, le danger, le glaive ? Il est bien écrit : À cause de toi nous sommes massacrés tout au long du jour, nous sommes traités comme des brebis à l’abattoir. » (Romains 8, 35-36).

 5° C’est la relation profonde entre gratuité et gratitude. La première lecture et l’évangile le soulignent très clairement. Le Seigneur nous accorde gratuitement ce que nous sommes : la vocation sacerdotale (être séminariste aujourd’hui et demain prêtre). Ce qu’il attend de nous, c’est une attitude de gratitude : une disponibilité à Le service comme l’indique l’épitre aux Hébreux : « Tu n’as voulu ni offrande ni sacrifice, mais tu m’as donné un corps.  Ni les holocaustes, ni les sacrifices pour le péché ne te plaisaient.  Alors j’ai dit : Voici que je viens, ô Dieu, car on parlait de moi dans un chapitre du livre, je viens faire ta volonté » (Hébreux 10, 5-7). Attelez-vous à ressembler ce lépreux qui revient sur ses pas pour rendre grâce au Seigneur.



[1] Pape François, Discours aux Séminaristes de France du 24 octobre 2014.

[2] VATICAN II, Décret Optatam totius, du 28 octobre 1965, n° 9.

[3] Cfr. Benoît XVI, Mon testament spirituel. Bayard, 2013. p. 42.

[4] Ibidem, p. 45.

Message du Rectorat